La restructuration au lendemain de la prohibition

III La restructuraiton de la mafia au lendemain de la Prohibition


Avec les années 1930, commence la restructuration des gangs par la violence. Les tenants d'une conception traditionnelle et la nouvelle génération s'opposent. De jeunes criminels décident l'élimination  des anciens qui se refusent à tirer profit de la drogue et de la prostitu­tion, activités jugées par eux indignes d'un homme d'honneur.

Com­mence alors la guerre des Castellamarese. Brève mais violente, elle durera quelques mois. Le grand instigateur et bénéficiaire de ces liquidations est Lucky Luciano. Il met en place la Cosa Nostra américaine en s'adaptant aux circonstances économiques et politiques. D'abord, il trouve de nouvelles sources de revenus car la «Prohibition» prend fin avec le 21ème amendement (1933) et la crise économique de 1929 produit l'essentiel de ses effets, causes qui imposent aux gangs de renouer avec des activités classiques.
Une réunion de haute ampleur se déroule à Atlantic City en 1929. Elle réunit Luciano, Lansky, Capone, Siegel et Cotello entre autres. Les gangsters décident de signer une trêve dans toutes les villes américaines et de se partager le marché en définissant des zones d'influence. Afin de régler les éventuels conflits, une commission de conciliation de neuf membres est créée. Par conséquent, la réunion d'Atlantic City marque un tournant dans la criminalité aux Etats-unis.

A La réorganisation de la mafia italienne: Naissance de la Cosa Nostra

Dans le cas italien, cette nouvelle direction et tentative d'americanisation de la criminalité déplaît. Ainsi, une violente guerre éclate à New York en 1930: la guerre de Castellamarese.
Celle-ci a pour objectif non pas le contrôle d'un territoire mais la définition d'une stratégie globale. Deux points de vue différents s'opposent. D'un côté, la vieille génération, dirigée par Maranzano, arrivé de Sicile et dont les alliés viennent de Castellamare, refusant la stratégie d'ouverture prônée par la nouvelle génération. Face à elle s'oppose la "nouvelle" génération, dirigée par Masseria et dont les troupes sont composés d'italiens mais aussi de juifs (Lansky et Siegel).  Le 20 avril 1931, Guiseppe Masseria est assassiné. Joe Maranzano l'est à son tour le 11 septembre 1931.
La guerre de Castellamarese sonne le glas de la tradition sicilienne au sein de la criminalité italienne et scelle la victoire de la stratégie d'américanisation et d'ouverture défendue par la nouvelle génération, appelée les "Jeunes Turcs". Grand vainqueur de la guerre, Lucky Luciano impose ses vues lorsque les principaux chefs discutent de la réorganisation de la criminalité italienne. Le 15 septembre 1931, ce dernier conclut un accord avec les autres familles de New York qui prévoit l'abandon de la hiérarchie traditionelle. Cette structure verticale est remplacée par une structure horizontale, la Cosa Nostra. Cetta association criminelle devient une confédération des principales familles italiennes implantées aux Etats-Unis. L'éxclusivité sicilienne est abandonnée: les familles proviennent de toutes les régions d'Italie. Une commission comprenant des membres de chacune des familles est chargée de régler les conflits.

 La nouvelle Mafia Américaine.

La criminalité s'organise donc sur une base multi-éthnique et nationale. Ainsi, le début des années trente marque une rupture profonde pour la criminalité. Le contexte de crise économique accélère ce processus de recomposition, fondé sur un accord entre mafieux italiens et juifs
La carte ci dessous souligne cette nationalisation de la criminalité organisée sur une base italienne et juive:





B La diversification des activités

Au début des années trente, dans un contexte de crise économique, plusieurs facteurs se conjuguent pour pousser les gangsters à redéployer leurs activités. La fin de la prohibition ainsi que la réorganisation de la structure mafieuse , ouverte à une américanisation, figurent au premier rang de ces causes. Au lendemain de son éléction, le président Franklin Roosevelt fait voter un nouvel amendement qui annule les dispositions prévues par le Volstead Act . Cette législation de la vente d'alcool enlève aux gangsters leur principal secteur d'activité.
Une majorité de gangsters abandonne le commerce de la vente d'alcool. La crise économique accélère cette prise de conscience. Al Capone et Lucky Luciano sont ,entre autres, les principaux financiers de cette diversification des activités, tant au plan sectoriel que géographique. Autour de la ville de New York, l'Etat du New Jersey et celui de New York sont priviliégiés.
En effet, au point de vue géographique, les mafieux élargissent leurs actions depuis leur base locale. Meyer Lansky finance à la fin des années trente l'ouverture de casinos dans l'état de New York, notamment le Piping Rock Casino and Cafe.
La caractéristique majeure de ce redéploiement concerne l'élargissement géographique des activités des gangsters vers deux nouvelles régions. En effet, la pègre du nord-est du pays s'implante progressivement dans l'Ouest et le Sud. Los Angeles et les activités d'Hollywood en particulier deviennent l'objet d'un vif intérêt. 
Le contrôle d'Hollywood fut instauré à partir de la fin des années 1930 par Benjamin Bugsy Siegel, introduit dans le milieu du cinéma par des acteurs dont il devint l'ami, tels que George Raft, Jean Harlow, Clark Gable ou Cary Grant. Siegel avait mis en place un système de racket des producteurs, en prenant le contrôle des syndicats des figurants et des techniciens (décorateurs, preneurs de son, monteurs, etc.), qui pouvaient à tout moment bloquer la production d'un film. 
Par ailleurs, le jeu fut légalisé au Nevada en 1931 , à une époque où il était illégal à peu près partout ailleurs sur le territoire des Etats-Unis. Reno et Las Vegas étaient de petites villes où l'on pouvait jouer de l'argent pendant les années 30 , mais leur clientèle était essentiellement locale.La crise économique était alors au plus fort , et les gens n'avaient pas d'argent à dépenser , ni pour jouer , ni pour acheter des voitures pour aller dans ces villes.
Le Syndicat new-yorkais s'intéressa à Las Vegas pendant l'entre deux-guerres. Meyer Lansky , cherchant de nouvelles sources de revenus , avait envoyé son vieil ami Benjamin Siegel , le célèbre Bugsy , sur la côte ouest pour y contrôler des affaires de paris clandestins. Siegel vit rapidement le potentiel représenté par Las Vegas.Le jeu avait toujours été une source de revenu pour les gangs , qui en étaient conscients , et qui n'abandonnèrent jamais ce secteur même quand ils se diversifièrent dans la manipulation des marchés boursiers et le trafic de stupéfiants. Siegel et Lansky avaient aussi réalisé que le jeu légalisé coûté beaucoup moins cher à organiser , puisqu'il n'y avait pas besoin d'acheter la protection de la police ou des politiciens. En 1943 , Siegel convainquit le Syndicat de lui prêter 2 millions de dollars pour ouvrir un casino à Las Vegas. Siegel appela l'établissement le Flamingo.
Le Flamingo commença à rapporter de l'argent à la fin de la guerre , et quand Siegel rata une échéance de remboursement , le Syndicat décida de l'éliminer.La décision fut prise en 1946 lors d'une conférence à la Havane.Siegel fut abattu en mai 1947.
Pourtant , Siegel laissait derrière lui une idée rentable à terme.Il fut le premier à ouvrir un casino de luxe à Las Vegas.Meyer Lansky prit en main le Flamingo , qui lui rapporta 4 millions dans l'année. Lansky prit aussi des parts dans l'hôtel Sands, avec le chanteur et acteur Frank Sinatra. Les casinos rapportaient dès lors énormément d'argent



Photo de casinos situés à Las Vegas ,fin des années trente

Deux activités sont au départ proscrites aux mafieux en Sicile. Elles se sont largement développées aux États-Unis, notamment la pornographie. Après la mise sous contrôle d'Hollywood, la mafia sait que l'industrie du sexe par ses films et ses filles est un business plus que lucratif. 
La musique et le spectacle forment une part importante de la "nouvelle économie". Or, rares sont ceux qui soupçonnent l'influence persistante de la mafia sur ce monde trouble, comme celui de la populaire et lucrative musique rap, dont un des hommes clés est Sonny Franzese chef d'équipe de la "famille" Colombo et mafieux emblématique.
De plus, les criminels s'installent dans le Sude du pays ,en Floride et en Louisiane. Al capone donne l'exemple et investit dans la région de Miami et achète bon nombre de bars, hotels et restaurants en Floride.
A ce redéploiement géographique s'ajoute un redéploiement sectoriel. Si les activités traditionnelles sont maintenues et amplifiées, le secteur du jeu et celui du trafic de drogue connaissent une nouvelle vigueur dans les années trente. Des salles de jeux clandestines se développent dans tout le pays. A New York, Frank Costello implante son fructueux commerce de machines à sous.
Le trafic de drogue constitue l'autre activité florissante dans l'entre deux-guerres. Les gangsters importent de l'héroine depuis la Chine et le Japon et cette expansion du trafic de drogue donne naissance au Bureau of Narcotics , crée en 1930 par le gouvernement.

Le racket se développe très rapidement dans les années vingt au point de devenir un véritable "fléau" au cours de la décénnie suivante comme le soulignent plusieurs enquêtes judiciaires. Les liens entre le monde industriel et la mafia étaient faibles jusqu'alors. De nombreux secteurs économiques sont touchés par cette expansion du racket, notamment le monde de la restauration. Les restaurants new-yorkais devaient 250 dollars et une allocation hebdomadaire de 5 dollars au syndicat Metropolitan Restaurant and Cafeteria, dirigé et fondé par la mafia au début des années trente. A Chicago, le gang d'Al Capone rackette ,à l'image de ce qui se déroule à New york, des commerces locaux mais aussi des industries installées dans les quartiers dont il a le contrôle. Il impose de même l'installation de machine à sous à tous les bars. Cette criminalisation des syndicats touche principalement deux d'entre eux: celui des Teamsters (syndicat regroupant l'ensemble des camionneurs du pays) et celui des Longshoremen ( syndicat des ouvriers employés au chargement et déchargement des navires arrivant au port). Ces syndicats sont les plus puissants aux Etats-Unis à cette époque.
Une des spécialités de la mafia italo-américaine devient donc le racket des syndicats de salariés: escroqueries aux dépens des fonds de pension ou des fonds sociaux, fausses factures et notes de frais, emplois fictifs, détournements de fonds, pillages de mutuelles, chantages à la grève aux dépens d'entreprises, etc. 
Le contrôle de secteurs entiers du monde syndical  n'est pas à proprement parler une activité irrégulière, mais permet d'user de précieux leviers pour racketter les entreprises par la menace de grève ou de ralentissement d'une chaîne de production. Sont notamment sous influence mafieuse les syndicats d'employés de l'hôtellerie et de la restauration, de dockers, de transporteurs routiers mais aussi les branches économiques du bâtiment et des travaux publics, du ramassage des ordures et des déchets urbains, du transport maritime, de la distribution de carburant, des courses de chevaux, du show-business et du spectacle. Les profits accumulés par les familles mafieuses leur  permettent également d'investir dans les entreprises légales.


Ainsi, la mafia, de part la diversification de ses activités, s'étendant désormais à l'ensemble du territoire américain, et de part l'absence d'un réel combat mené par le FBI, put perdurer au lendemain même de la prohibition, qui lui permis de s'enrichir au plus haut point.

 

 

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